GEM SK76

L'ARRANGEMENT SUR MESURE

En matière de claviers/arrangeurs, force est de constater que depuis quelques temps, la tendance s'oriente vers des modèles de plus en plus évolués et puissants, flirtant parfois avec le synthétiseur traditionnel. Pour preuve, voici le GEM SK76 qui offre une ouverture technologique très intéressante associée à de remarquables performances.

Après le WK4, General Music nous propose une nouvelle workstation/arrangeur, le SK76, résolument orienté vers l’extérieur avec la possibilité de charger des échantillons en provenance de la plupart des samplers du marché, une mise à jour de l’Operating System par disquette, une édition de sons sophistiqués et encore bon nombre de caractéristiques dont nous reparlerons plus loin. Quoiqu'il en soit, ce nouveau clavier ne nous a pas laissé indifférent, de par ses innovations et la qualité de finition de l'ensemble.

World Keyboard

Sous l'appellation de "world keyboard" déjà usitée sur le WK4, le nouveau produit de la firme italienne reprend en grande partie le design de ce dernier, mais avec quelques kilos en plus (21,6 au total) et une amplification interne en moins. Le trackball qui faisait office de pitch a disparu (heureusement, mais c'est un avis personnel !) pour laisser la place à deux molettes : pitch bend et modulation, avec au-dessus le lecteur de disquettes 3"1/2 DD et HD, et en-dessous deux sorties casque stéréo.

Au centre, trône le large écran LCD rétro-éclairé de 320 x 240 pixels offrant une agréable lisibilité. A l'arrière, une panoplie de connecteurs relie le SK76 avec le monde extérieur : quatre sorties audio séparées, 2 MIDI In, 2 Out et 2 Thru (excusez du peu !), quatre prises pour pédales - volume, damper, plus deux assignables - dont la polarité peut être inversée, deux entrées micro, deux autres lignes et enfin deux sorties vidéo - opérationnelles avec la carte audio/vidéo en option – aux format SVHS.

Une fois sous tension, l'appareil affiche ses paramètres, dérivés du WK4, sur le large écran. Sur les côtés de ce dernier, les touches permettent d'accéder aux différents menus visibles, tandis que les curseurs fléchés autorisent le déplacement à l'intérieur de l'écran. Enfin, deux autres touches font office de "validation" et "d'annulation".

Du son, du sample et de la RAM

Le SK76 est doté de 8 Mo de sons en ROM, en tout plus de 600 sonorités de très bonne qualité, un coup de chapeau pour les pianos et les flûtes classées en seize groupes (piano, guitare, synthé, basse, etc.). Chaque catégorie est ensuite divisée en seize banques de huit sons. La première est dédiée au General MIDI : on retrouve donc les sons habituels de la norme. En revanche, les autres sont spécifiques au clavier GEM. On notera au passage que de nombreux emplacements sont disponibles pour pouvoir y sauvegarder ses propres sons.

En effet, le SK76 possède des fonctions d'édition sonore extrêmement poussées puisque les formes d'ondes contenues en ROM peuvent être traitées par 64 filtres numériques programmables (passe-bas, passe-haut, passe-bande, paramétrique... ). De plus, il est possible de charger à l'intérieur de l'appareil des échantillons en provenance d'autres machines comme les GEM WX, WK et la série S, le Kurzweil K2000, l’Akai S1000 ou encore aux formats Sound Designer 1, Sample Vision, Wave (PC), AIFF (Macintosh) et MIDI Sample Dump Standard.

Voilà qui ouvre le SK76 vers une gigantesque librairie ! Ces samples sont directement chargés dans la mémoire RAM d'une capacité de 2 Mo. Toutefois, il est possible de l'étendre par l'adjonction de barrettes SIMM (comme sur ordinateur), et ce jusqu'à 32 Mo maximum. De plus, un disque dur optionnel interne IDE 2,5" d'une capacité de 500 Mo peut être connecté au clavier, offrant ainsi une meilleure souplesse d'utilisation lors de la sauvegarde et du transfert des échantillons ou des sons.

Assez rapides à charger, les samples sont gérés par un logiciel de conversion (Sample Translator v 1.00) intégré au menu d'édition. Une fois en mémoire, on peut leur appliquer de nombreux paramètres d'édition comme la normalisation, la modification de gain ou bien la suppression d’une partie de l'échantillon. L’intérêt du chargement dans la mémoire, c'est que vous pourrez utiliser ces samples pour créer la base de nouveaux sons, avec des paramètres d'éditions identiques à ceux en ROM (comme c'est le cas, par exemple, pour le Kurzweil K2000).

Un arrangeur qui a du style

Côté arrangeur, le SK76 propose pas moins de 128 styles internes (96 en ROM et 32 programmables en RAM), chacun enregistré sur huit pistes - batterie, basse et six accompagnements. Dotés de quatre variations (12 introductions, 12 finales et 48 motifs différents par style), vous voici à la tête de plus de 3 000 patterns, impressionnant ! Enfin, une touche "fade in/out" autorise un fondu du volume avant, pendant ou à la fin d'un accompagnement.

Les styles préprogrammés sont classés en huit catégories, quatre autres étant réservés aux utilisateurs. Ils couvrent une palette allant du jazz à la techno, en passant par le funk, le rock ou la salsa. Dans la majorité des cas, le rendu est impeccable, aussi bien au niveau du dosage du volume des différentes parties, que du choix des sonorités et des rythmiques. Nos amis transalpins ont toujours été doués dans ce domaine (il n'y a qu'à écouter les arrangeurs de chez Solton) et avec le SK76, ils enfoncent encore un peu plus le clou !

Il y a en vraiment pour tous les goûts et à ce propos, des disquettes de styles typiquement français (musette) existent, réalisées par les responsables de développement des produits GEM en France. Comme quoi, on ne sait pas faire que du camembert et du beaujolais dans notre beau pays ! Bien évidemment, chacun des styles est éditable et mémorisable dans l'un des 32 emplacements mémoire prévus à cet effet.

Autre caractéristique fort appréciable : la table de mixage, en haut à gauche du clavier. Les dix potentiomètres rectilignes qui la composent permettent d'agir en temps réel sur n'importe quelle piste d'accompagnement - idéal pour muter ou faire varier le volume. A ma connaissance, le GEM est le seul arrangeur intégrant un tel dispositif.

Séquenceur & Co

Le système de gestion des disquettes (ou du disque dur en option) est relativement bien pensé. A tout moment, il est possible de connaître la mémoire disponible restante (disquette, disque dur, système, RAM volatile, etc.), de commuter entre disque dur et lecteur de disquettes, d'accéder à la RAM d'échantillons, par un simple click sur une touche de fonction.

De plus, le menu affiche, pour chaque fichier contenu sur disquette (ou disque dur), sa taille ainsi que la date de la dernière sauvegarde - pratique. Autre atout, le chargement d'une séquence se fait en tâche de fond, c'est-à-dire que l'on peut écouter un morceau tout en chargeant un autre en mémoire. D'ailleurs, on peut aussi éditer un son pendant la lecture d'une séquence.

De tous les arrangeurs, le séquenceur du SK76 est le plus puissant puisqu'il atteint une capacité de 250 000 événements, jusqu'à seize morceaux sur trente deux pistes (résolution de 1/192e de noire). Côté polyphonie, n'ayez pas peur de saturer la machine : vous disposez de 64 voies, de quoi faire tourner des morceaux bien remplis sans craindre de "manger" certaines notes - surtout lorsque l'on emploie le sustain, comme pour le piano ! L’édition du séquenceur est extrêmement précise. En effet, elle autorise une édition microscopique à l'intérieur d'un éditeur d'événements, et ce, pour chacune des pistes. Il est ainsi possible d'agir sur n'importe quel événement pour le supprimer, le déplacer, le copier ou le modifier. Insérer un changement de programme ou un contrôle de pitch bend devient aisé et le large écran LCD confère un confort d'utilisation appréciable.

Le séquenceur est compatible avec le standard MIDI File (0 et 1 + paroles), et bien entendu avec les formats propriétaires GEM des séries WK, WX/SX. Après quelques tests sur des séquences General MIDI, il s'avère que le SK76 les restitue correctement, avec cependant une brillance et une dynamique un peu moindre par rapport à ses possibilités sonores. Mais dans l'ensemble, l'arrangeur s'en sort avec les honneurs, d'autant que son système d'exploitation des séquences et des disquettes est particulièrement bien pensé - il est, bien sûr, possible de formater en MS-DOS, mais aussi en MS-DOS/Atari ST (720 Ko) !

En conclusion

Avec un système d'exploitation convivial et évolutif - on peut le mettre à jour par disquette directement dans la mémoire RAM -, des extensions utiles (voir encadré), un puissant séquenceur, des arrangements de haute qualité et la possibilité de charger des échantillons en provenance de nombreux constructeurs, GEM frappe un grand coup dans le monde du clavier/arrangeur. Pour un prix de 2 259 €, le SK76 est un clavier-arrangeur aux nombreuses possibilités.


Les options du SK76
• Doté à l'origine de 2 Mo de D-RAM pour le chargement de samples à l'intérieur de la machine, le SK76 peut être étendu à 32 Mo par l'adjonction de barrettes supplémentaires. Il s'agit de SIMM (comme sur les ordinateurs) de 30 broches de 1, 4 ou 16 Mo qui s'installent sur deux connecteurs. Prix volatile en fonction du marché.

• Il est aussi possible d'adjoindre au SK76 un disque dur. Celui-ci doit être au format IDE ou E-IDEI d'une taille de 2,5”' et d'une capacité maximum de 500 Mo. Par rapport à la disquette, il permet le stockage d'une plus grande quantité d'informations (samples, styles, sons...), tout en apportant un gain de vitesse et de fiabilité.

• Une interface audio/vidéo conçue pour le karaoké (visualisation des paroles, mélodie et portées sur écran) est également disponible en PAL/NTSC. Elle incorpore également un harmoniseur vocal. Son prix est de l'ordre des 380 €.

La gamme SK
Dans la famille GEM, le SK76 se décline en différentes versions. Tout d'abord, on trouve un modèle "boosté", baptisé SK76 Power Station, qui reprend strictement les mêmes caractéristiques, mais apporte en plus un disque dur de 540 Mo sur lequel réside quelques 300 séquences MIDI d'excellente qualité, ainsi qu'une cinquantaine de sons échantillonnés et une soixantaine de styles d'accompagnement. Une sorte de gigantesque banque sonore ! Le prix de cet appareil : 2 899 €.
Pour les aficionados du toucher lourd, General Music en a pourvu son SK88, et c'est bien la seule qualité qui le différencie du SK76. Avec un tarif de 3 049 €, il se place en concurrence directe avec les pianos numériques, d'autant que ses sonorités internes sont de bonne facture. De plus, rien n'interdit d'en charger d'autres dans la RAM d'échantillons. Tout comme son homologue 76 touches, il existe aussi un modèle SK88 Power Station. Son prix : 3 659 €.

Test réalisé en novembre 1997 par Ludovic Gombert pour le magazine Keybaords (n°115)

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