GEM WK8

LA MEGASTATION

Fidèle à son savoir-faire en matière d'arrangeurs, la firme italienne nous démontre une fois de plus son talent avec le WK8, fleuron de la gamme. Sans apporter de véritables révolutions, ce clavier réunit néanmoins tous les ingrédients des dernières technologies utilisées pour les mettre au service de la créativité musicale.

Une fois l'appareil débarrassé de son emballage, force est de constater que l'on a affaire à un morceau de choix, et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit du haut de gamme GEM dans la série WK. Le poids de l'arrangeur (près de 16 Kg), son aspect (un WK4 au niveau du design avec néanmoins une touche de couleur originale et agréable sur le panneau central, façon imitation bois) et son manuel d'utilisation (sous forme de classeur, avec une mise en page "nickel" et un feuillet transparent pour accueillir les deux disquettes livrées d'origine) tendent à prouver que les italiens ont bien fait les choses ! Un an après le SK76 (testé ici) et deux ans après son prédécesseur, le WK4, GEM nous livre donc la famille WK6/8 qui, avec entre autre deux fois plus de styles, semble promue, elle aussi, à un bel avenir.

Tour d'horizon

A l’écoute des morceaux de démonstration internes, on comprend que la première impression est la bonne : le WK8 est un instrument performant qui " sonne " vraiment très bien. Reprenant une disposition de touches identique à celle du WK4, on retrouve donc avec plaisir, en haut à gauche de l'appareil, le groupe de dix potentiomètres linéaires servant à modifier le volume en temps réel des différentes pistes de l'arrangeur. Sachez aussi que l'écran, réglable au niveau du contraste, demeure toujours aussi imposant (320 x 240 points) et convivial (icônes symbolisant des actions/paramètres, pléthore de touches de fonction associées... ), et que le trackball offre - après un certain entraînement tout de même - un confort de jeu appréciable (surtout pour des sons tels que les guitares saturées ou les cuivres comme le saxophone) grâce à la possibilité de combiner avec une seule molette le pitch bend et la modulation - mouvement en diagonal).

Le nouveau clavier GEM hérite donc de l'approche temps réel du WK4, fort utile pour le jeu en " live " de même que de son côté multitâche (la possibilité d'éditer un son pendant la lecture d'une séquence, par exemple) de part un processeur propriétaire. Equivalent à un Pentium 200 (après mesures), à la seule différence qu'il ne traite que les paramètres des WK, ce dernier gère soixante quatre voix de polyphonie et quatre DSP différents pour les effets (traitement 16 bits, 24 en interne). A titre de comparaison, Cubase VST demande un Pentium 233 pour gérer les DSP... Toutefois, ce processeur ne peut en aucun cas être comparé à un Intel, vu son application très particulière, mais il demeure néanmoins très rapide.

Côté sons

Le WK8 est doté d'une impressionnante librairie sonore : seize touches regroupent et classent les sons par genre (piano, cuivre, percu, basse, orgue, guitare, etc.), avec pour chaque genre, seize banques de huit sons chacune (la n°1 étant compatible General MIDI). Après un rapide calcul, il est donc possible d'obtenir, en théorie, 2 048 sonorités. Mais il n'y en a pas autant que cela puisque l'appareil n'en recèle que (!) 1 019 en ROM, les emplacements utilisateurs libres (RAM) ne demandant qu'à servir pour votre propre bidouillage à partir des ROM ou pour charger des sons externes via le lecteur de disquettes.

Dans la pratique, le chiffre des 2 048 peut toutefois être atteint, dans la limite où les sonorités chargées n'excèdent pas 8 Mo en tout. Enfin, il existe deux autres catégories de sons pouvant intervenir : ceux appelés sonsRAM, faisant référence à des échantillons RAM (dont nous reparlerons plus loin) et les kits de batterie. Toutes ces sonorités sont bien sûr "éditables" de manière très pointue. Globalement, elles peuvent comprendre une, deux ou trois couches (layer), chacune associée à un algorithme de synthèse et disposant d'un ou deux oscillateurs (en fonction de l'algorithme sélectionné). Chaque oscillateur possède une amplitude, une hauteur et un panoramique d'enveloppe, un LFO et un filtre associé à l'enveloppe. Autant dire que les combinaisons sont nombreuses et que dans la pratique, les sons du clavier GEM sont vraiment de très bonne qualité.

On obtient ainsi des pianos de bonne facture, des guitares fort réalistes et un jeu de percussions dynamique. Ces sonorités prennent encore plus d'impact avec l'utilisation du processeur d'effets comprenant deux canaux de réverbération et deux autres de modulation, auxquels il est possible d'associer respectivement l'un des 24 types de réverbe room, plate... ) et l'un des 32 types de modulations (délai, chorus, flanger, EQ, distorsion... ). Le rendu est d'autant plus saisissant que l'amplification est non seulement puissante, mais spacialisée de façon 3D. Enfin, une matrice polyvalente autorise l'attribution des différents traitements à chaque piste.

Côté arrangements et performances

Au niveau des styles, le WK8 aligne une impressionnante collection de patterns, représentant la plupart des genres : rock, jazz, dance, latin... Si vous aviez été séduit par ceux du WK4, sachez que vous en aurez ici presque deux fois plus, et entièrement réarrangés ! Le résultat "sonne" vraiment très bien, quelque soit le genre utilisé.

Le clavier GEM est doté de 192 styles en ROM (classés en douze groupes, contenant chacun deux banques de huit styles), de 32 autres en RAM (utilisateurs) et encore de 32 autres en Flash RAM. Chaque style possède quatre variations, autant d'intros, de fills et de fins, et se compose de huit pistes d'accompagnement automatique (batterie, basse, accompagnements 1, 2, 3, 4, 5 et 6). Pour épauler le jeu en temps réel, l'arrangeur incorpore 64 performances utilisateurs programmables. Rappelons au passage qu'une performance consiste en une combinaison de sons qui règlent automatiquement l’instrument pour un jeu en temps réel (sonorités), pour les accompagnements (styles) et pour les morceaux (enregistrement multipiste). L'édition, aussi bien au niveau des performances que des styles, est bien sûr programmable, avec la possibilité toutefois de charger des nouveaux styles par disquettes.

Côté échantillons

L'autre point fort de la machine, c'est le chargement d'échantillons externes pour servir de formes d'onde à la création de nouveaux sons. Tout d'abord, sachez que la commande Sample Translator du menu d'édition de sons permet l'importation et l'exportation d'échantillons en RAM à différents formats : Wave, AIFF, Sample Vision, Sound Designer 1 et enfin Akai et Kurzweil - autant dire que l'on accède à une bibliothèque d'échantillons quasi illimitée.

La mémoire RAM du WK8 est de 8 Mo (2 pour le WK6), sauvegardée après la mise hors tension de l'appareil, et peut être étendue à 32 par l’adjonction de barrettes SIMM supplémentaires. L'édition des échantillons est efficace : détermination d'une boucle, normalisation, découpage d'une portion...

Côté séquenceur, multimédia et compatibilité

L’arrangeur GEM incorpore un puissant séquenceur 16 morceaux/32 pistes, soit près de 250 000 événements. L’édition des songs est avancée puisqu’elle autorise des fonctions Microscope grâce à l'éditeur d'événements (comme sur Cubase ou Logic), et 1'utilisation d'un éditeur de partitions. A propos de ce dernier, apprenez qu'il est considéré comme une piste "fantôme " associé au reste du morceau, et qu'il permet l'insertion et la visualisation des notes de musique, des paroles et des accords.

Le score apparaît donc sous forme d'une ligne mélodique et non d'un accord. Une piste comportant des accords est analysée et les notes les plus hautes sont extraites pour générer ainsi une mélodie. Outre l'écran LCD, la partition peut être regardée sur un moniteur externe via la connexion vidéo (S-VHS ou RGB). Il est également possible de ne faire apparaître que les paroles dans le cas d'une utilisation karaoké - celles-ci seront alors grossie pour occuper tout l'espace de l'écran et permettre aux myopes de reprendre en chœur le dernier tube de Pascal Obispo !

Pour rester dans le registre "lecture de morceaux", sachez que le clavier GEM est bien entendu entièrement compatible GM (lecture et sauvegarde) et qu'il accepte les séquences SMF aux formats 0, 1 et 1+paroles. De plus, il adopte le format GMX, c'est-à-dire la norme General MIDI plus le format eXtended, spécialement développé par GEM (il prend en compte les trois premiers instruments de chaque banque et n'utilise que seize pistes) : une manière de pousser un peu plus loin l'échange de séquences entre les machines, mais en demeurant malheureusement enfermé dans une seule marque d'appareil. Enfin, une fonction Jukebox permet de programmer une succession de morceaux sauvegardés en mémoire et de les exécuter à l'aide d’une seule commande, tandis qu'une fonction Preload autorise la création de listes de morceaux ou de fichiers MIDI sur disquettes pour les envoyer en exécution à l'aide, également, d'une seule commande. Un système qui devrait réjouir les habitués des bals et animations "live" diverses.

En conclusion

Certes, le WK8 affiche un prix qui ne sera pas à la portée de toutes les bourses : 3 509 €. Toutefois, si la qualité n'a pas de prix, elle en a un ici ! A ce tarif, vous pourrez vous targuer de posséder un clavier-arrangeur performant, très évolutif (de par sa mémoire et l'importation d'échantillons), disposant d'une excellente restitution sonore, et, de plus, doté d'un disque dur interne de 1,4 Go bourré de séquences et de sons. GEM n'a pas fini de faire parler de lui !


WK2 : entrée de gamme performante
Pour ceux qui voudraient goûter aux joies du WK sans trop casser la tirelire, il existe le tout nouveau WK2, à moins de 1 525 €. Ce dernier dispose d'une qualité sonore identique à celle de ses grands frères et intègre d'origine un disque dur chargé de sons et styles, une interface vidéo et un écran bicolore du meilleur goût. De plus, il sera possible de lui adjoindre une carte optionnelle de type barmoniseur. Enfin, sachez qu'une version expandeur, orientée accordéonistes, existe également. Un rapport qualité/prix ma foi fort séduisant.


Quand le WK se décline !
La série WK World Keyboard de chez GEM se décline en plusieurs versions : le WK6 Standard, le WK6 Power Station et le WK8 Mega Station. Ces trois appareils comportent un système d'exploitation commun en Flash ROM, permettant la mise à jour par disquette. Le WK6 Power Station présente par rapport au WK6 standard un disque dur interne comprenant une vaste bibliothèque de morceaux et de styles utilisateurs. Le WK8, quant à lui, intègre en plus du disque dur, une carte audio/vidéo pourvue d'un processeur vocal ainsi que 8 Mo de RAM échantillon (D-RAM). Il est également possible d'adjoindre, en options, à tous ces modèles, un port SCSI. Enfin, les appareils dits "standards" peuvent évoluer en "Power Station" ou "Mega Station" grâce à des kits optionnels.
Claviers :
WK2HD : 1 525 €
WK4 : 2 285 €
WK6 Standard : 2 439 €
WK6 Power Station : 3 049 € (2 Mo + disque dur)
WK8 Mega Station : 3 505 €

Options pour WK6/8
Kit oriental : 229 €
Interface SCSI : 120 €
8 Mo sauvegardée (pour WK6) : 210 €
Interface audio/vidéo simple PAL : 229 €
Interface audio/vidéo + harmoniseur : 410 €
Kit de montage : 115 € (permet d'inclure un disque interne de son choix, jusqu'à 2 Go maximum)
Kit Power Station WK6 (disque dur chargé + kit de montage) : 699 €
Kit Mega Station WK6 (Power Station + interface A/V avec harmoniseur) : 1 109 €

Test réalisé en novembre 1998 par Ludovic Gombert pour le magazine Keyboards (n°126)

Back to Top