Technics KN1500

SERIAL KILLER

Fort de sa réputation et de son vif succès auprès du public, Technics renouvelle sa gamme de claviers-arrangeurs et nous présente le sx-KN1500, un "killer" dont la qualité des sonorités et des arrangements ne peut que laisser sans voix.

Enfin, sans voix, n'exagérons rien, puisque ce dernier en compte tout de même trente-deux de polyphonie. Mais une chose est sûre, lorsque vous aurez posé vos mains pour la première fois sur cet appareil, vous aurez du mal à vous arrêter de jouer tellement l'instrument génère l'inspiration avec un son omniprésent d'une excellente qualité. Le KN1500 fait partie de la nouvelle gamme d'arrangeurs présentée à la Convention de la Musique 96, avec les modèles KN720 et KN920. Facilité d'utilisation, amplification de qualité, séquenceur puissant et arrangements séduisants sont au rendez-vous sur cette série d'instruments qui cumule de nombreux atouts.

Issu du KN3000

Dans le design de l'appareil, Technics se démarque des collections précédentes et fait place à des touches noires et grises pour un aspect plus sobre. Mais la première chose qui saute aux yeux, c'est le large écran LCD rétroéclairé à trois couleurs : bleu, blanc, vert (inspiré d'un album de Jean-Louis Aubert ?) qui d'une part permet une lisibilité parfaite des données et d'autre part assure la lecture d'un grande nombre d'informations en une seule fois. A gauche et à droite de celui-ci, deux séries de trois boutons autorisent respectivement la transposition de la tonalité de l'appareil, le changement de tempo et la commutation à l'écran entre les huit premières pistes du séquenceurs, les huit autres et les différentes parties d'accompagnement.

En dessous, vous trouverez deux séries de huit touches correspondantaux volumes des parties visibles à l’écran. L'appui sur l'une d’elles permet d'incrémenter ou de décrémenter le volume tandis que l'appui simultané "mute" la piste. La représentation du volume à l'écran se présente sous la forme de bargraph avec la valeur inscrite juste en dessous. Dommage de n'avoir pas opté pour des potentiomètres ou des petites molettes, la vitesse d'exécution aurait pu s'en ressentir, car après tout, il s'agit d'une machine basée sur le "temps réel". Enfin, une touche de maintien de l'affichage (très pratique) vient compléter l'ensemble des fonctions présentes autour de l'afficheur.

A gauche du clavier, une molette de pitch bend et une autre de modulation, au-dessus de chaque touche un symbole indiquant la correspondance avec un instrument rythmique, six pads manuels et enfin les touches habituelles pour accéder aux différentes fonctions de l'appareil viennent compléter l'architecture du KN1500. Un pupitre livré avec l'appareil fera la joie des amoureux de la partition.

Le rythme dans la ROM

Une fois sous tension, l'écran multicolore s'allume et l'instrument est aussitôt prêt à jouer avec la section d'accompagnement automatique. Le KN1500 possède 128 rythmes regroupant tous les genres possibles, du jazz au latin en passant par le rock, la bouse ou le funk. Pour chaque rythme, quatre variations d'accompagnement sont possibles, ainsi que deux intros, deux fins et deux breaks. Autant dire que la monotonie n'est pas de rigueur. Ce qui surprend lors du premier essai de l'accompagnement automatique c'est son extraordinaire présence sonore due à une excellente amplification et surtout au procédé de "bass reflex", déjà présent sur la génération de claviers précédente mais qui prend ici toute son envergure. Ça sonne, et ça sonne même très bien ! Les basses, qui sont généralement moyennes sur ce genre appareil, ont du corps, même à faible niveau.

Une telle qualité entraîne une petite remarque : pourquoi ne pas pouvoir moduler indépendament le volume de l’amplification de l’appareil et celui des sorties audio ? Parce que rien de plus agaçant que de connecter le clavier à une table de mixage et d'entendre le son s'échapper en même temps de ses enceintes Westlake (achetées à crédit sur 20 ans !) et des haut-parleurs internes, alors qu'il suffirait de "muter" ces derniers lorsqu'un jack est inséré dans les sorties audio, comme il en est pour la prise casque. Ceci est valable d'ailleurs pour la plupart des instruments !

Pour revenir à notre partie accompagnement, il est possible de créer ses propres arrangements en enregistrant des patterns comprenant cinq parties : batterie, basse et trois accompagnements (par exemple, en copiant un pattern d'usine, puis en le modifiant). Ces nouveaux rythmes pourront être stockés à l'infini sur disquettes. Il est également possible de créer pour ces arrangements vos propres intros ou breaks. Douze rythmes peuvent être mémorisés dans trois banques (A, B et C), avec pour chaque banque deux intros, deux fins et deux breaks.

Pendant que l'accompagnement automatique joue, vous pouvez inclure à n'importe quel moment des effets sonores ou des phrases mélodiques par l'intermédiaire des six pads manuels situés sur le panneau de contrôle du clavier. De nombreux effets ont ainsi été pré-programmés en douze banques (c’est-à-dire au total soixante-douze effets). La dernière banque, la treizième pour les moins superstitieux, est réservée au stockage de vos propres données comme par exemple un effet sonore contenu dans le KN1500 ou bien une courte mélodie que vous aurez jouée, sachant que la capacité mémoire est limitée à 1 200 notes. Autant dire que ce n'est pas la place qui manque. Les douze banques de phrases se révèlent de très bonne qualité, aussi bien au niveau mélodique que sur le choix des sonorités utilisées.

Enfin, une petite fonction amusante qui s'avère parfois fort pratique, réside en une seule touche baptisée "tap tempo" qui permet de modifier la vitesse du tempo en frappant sur celle-ci. Plus la frappe sera rapide et plus le tempo affichera une valeur élevée, et plus la frappe sera lente et plus la vitesse du tempo sera faible. Cette fonction devient vite utile lors d'un jeu en temps réel où l'on doit passer d'une vitesse rapide à une vitesse lente et vice-versa.

Tout pour le son

une bonne chose, le KN1500 incorpore des fonctions poussées de traitement sonore. Bien souvent, sur les arrangeurs, cette partie est délaissée au profit exclusif de l'arrangement, considérant par la même que c'est plus une machine à "jouer" qu'à programmer. Dans un sens, c'est exact, puisque le principe de l'arrangement en temps réel est de n'avoir rien d'autre à faire que de jouer des accords. Toutefois, quoi de plus désagréable de ne pouvoir modifier un son à sa convenance lorsque le besoin s'en fait sentir, ou bien par exemple d'éditer un son de basse pour le rendre moins agressif, parce que l'on ne trouve pas ce que l'on souhaite dans la banque interne de l'appareil.

Dans notre cas, tout va bien puisque l'arrangeur Technics autorise la création de quarante sons utilisateurs, avec la possibilité de modifier les sonorités existantes (sauf celles constituant les groupes de percussions) en jouant sur la hauteur du son, le type d'effet, le vibrato et les différents échantillons sonores constituant le son (jusqu'à quatre), avec pour chacun le volume, la hauteur et l'enveloppe. De quoi exciter l'appétit des plus bidouilleurs tout en laissant au néophyte le plaisir de créer très simplement ses propres programmes.

Pour égayer ces sonorités, un processeur d'effets numérique est implanté dans le KN1500. L’action de celui-ci peut être activée ou non en appuyant sur l'une des touches correspondantes du panneau de l'appareil. Plusieurs types de réverbérations sont proposées (room, plate, concert... ), ainsi que des chorus, flanger, phaser, distorsion, égaliseur, et des combinaisons comme delay+chorus, distorsion+delay, etc. Concrètement, il est possible de faire cohabiter une réverbération avec l'un des autres traitements cité ci-dessus et d'en activer ou désactiver un ou deux par l'intermédiaire des touches du KN1500 : simplicité et rapidité.

Un séquenceur qui s'édite

Autre bonne nouvelle pour ceux qui auraient encore des hésitations sur ce clavier, puisqu'il intègre un séquenceur doté de fonctions d'éditions plutôt poussées, ce qui est rare sur un modèle dans cette gamme. Jugez vous-même ! Jusqu'à dix morceaux de seize pistes chacun pouvant être enregistré dans le KN1500 (et KN920), soit une capacité d'environ 30 000 événements (10 000 sur le KN720). Un mode d'enregistrement rapide est disponible pour sauvegarder un bout de mélodie qui vous vient à l'esprit, mais sinon deux modes sont proposés, l'un en temps réel et l'autre en pas à pas. En temps réel, vous pouvez enregistrer sur seize pistes avec la dernière destinée aux percussions (réparties sur tout le long du clavier). En pas à pas, vous enregistrez les progressions d'accords pour l'accompagnement automatique. Ensuite, chaque piste peut être éditée (effacée, copiée... ) et bien sûr "quantisée" (par exemple, en délimitant entre deux mesures, une portion d'une piste sur laquelle la fonction de quantize sera assignée). De quoi corriger les petites erreurs qui se seraient malencontreusement glissées lors de votre prestation.

Compatibilité & Co

Le KN1500 arborant fièrement le sigle GM, il était de mon devoir d'en vérifier l'extrême exactitude. Muni de plusieurs disquettes pleines à craquer de MIDI Files, le test fut établi au casque, sur des enceintes de proximité et avec les haut-parleurs de l'appareil, à l'aide de séquences, issues de mon cheptel personnel et réalisées avec soin et amour. Après de nombreuses écoutes, quelques sonorités au niveau des chœurs peuvent déconcerter au premier abord, tandis que l'on note un manque de puissance du côté des percussions (alors que c'est justement un point fort au niveau du mode d'accompagnement automatique). Dans l'ensemble, la compatibilité est cohérente et tient bien la route.

Les morceaux peuvent être lus de deux façons, soit directement à partir de la disquette dans le cas de séquences MIDI au format 0 et de séquences DOC (Disk Orchestra Collection) de chez Yamaha, soit chargés en mémoire puis exécutés lorsque les séquences MIDI sont au format 1. Dans ce dernier cas, le Technics peut charger jusqu'à dix morceaux en mémoire. Le KN 1500 est bien sûr compatible avec les disquettes de la série KN1200/2000/3000, ce qui ouvre les portes d'une vaste bibliothèque déjà existante.

Bien évidemment, toutes les données internes au KN1500 sont sauvegardables et chargeables sur disquettes (sauf pour le KN720). Ainsi, vous pourrez aisément transférer les informations concernant le panneau de contrôle et les données du séquenceur, des sons, du composeur et des pads manuels de façon globale ou séparément. Le lecteur de disquettes acceptant aussi bien les 3" 1/2 double face que haute-densité, tout ceci au format MS-DOS, standard universel entre les différents appareils du marché. Le formatage s'avère d'ailleurs très rapide.

Autre caractéristique fort appréciable, le clavier Technics autorise la sauvegarde des morceaux du séquenceur au format MIDI File (format 0 uniquement), ce qui en fait une machine de création de séquences particulièrement bien adaptée dans ce domaine.

En conclusion

Le KN1500, que l'on peut qualifier de "mini KN3000", présente de nombreux atouts : grand écran LCD tricolore, nouveau DSP pour les effets, nouvel arrangeur, nouvelles fonctions "composer chord map", "direct play,", "tap tempo", "music style select". Sachant qu'il est également facile d'exporter par MIDI les différents accompagnements (par exemple, pour les récupérer sur un séquenceur externe), que l'implantation MIDI est fort honorable, et que son prix est de 1 479 €, voici un concurrent dangereux pour les Roland E-66 et Korg i5S. Mais on ne le dira jamais assez, en dernier recours, c'est votre avis qui est seul juge, et qu'un essai dans votre magasin préféré est toujours nécessaire.

Test réalisé en septembre 1996 par Ludovic Gombert pour le magazine Keyboards (n°102)

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