BLAKE ET MORTIMER - L'Évolution du Dessin

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Si le style graphique de Jacobs a évolué au fil des albums, les dessinateurs des reprises ont du se plier à un exercice difficile : se rapprocher le plus de l'esprit Jacobs au moment de La Marque Jaune. Si pour Bob de Moor (le premier à s'y coller), le travail fut différent car il devait se baser sur les crayonnés d'Edgar et respecter la continuité graphique du premier tome des 3 Formules du Professeur Sato, Ted Benoit et André Juillard ont du modifier leur manière de travailler afin de se fondre dans le style Jacobs.

Puis René Sterne a commencé son travail, malheureusement arrêté mais repris par sa femme : Chantal de Spiegeleer. Antoine Aubin a désormais la lourde tache de poursuivre l'œuvre, en parallèle d'André Juillard.

EDGAR P. JACOBS

Jacobs n'aimait pas particulièrement la ligne claire, imposée par Hergé aux dessinateurs de l'hebdomadaire Tintin. Ce n'était pas son style de départ. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder ses dessins pour les revues et catalogues dans les années 40 (comme ABC, Stop ou Bimbo... ) ou bien encore les illustrations du texte de La Guerre des Mondes d'HG Wells paru, en même temps que Le Secret de l'Espadon, dans le n°1 du journal de Tintin. S'il avait pu, il aurait réalisé un album dans le style de La Guerre des Mondes.

Mais peut-on vraiment parler d'un "style" Jacobs alors que son œuvre Blake et Mortimer s'étend sur presque trois décennies ? Et que si l'on compare les graphismes du Secret de l'Espadon à son dernier album, Les Trois Formules du Professeur Sato, ils évoluent considérablement, chaque album étant au final le reflet d'une époque et d'un désir créatif de se renouveler et repousser les limites parfois contraignantes de la bande dessinée.

BOB DE MOOR
Lorsque Jacobs dispara
ît en 1987, il laisse une œuvre inachevée. Le tome 2 des Trois Formules du Professeur Sato est, depuis des années, resté au stade d'un scénario et de crayonnés. Tous les éléments sont là, il ne manque plus que la bonne personne pour apporter la touche finale. En 1988, la Fondation et le Studio Jacobs font faire des essais à deux dessinateurs : Jacques Martin et Bob de Moor. C'est ce dernier qui sera choisi.

Outre le fait qu'il était un ami de Jacobs et qu'Edgar, avant sa mort, l'avait cité comme repreneur potentiel pour son œuvre, Bob de Moor a le talent de pouvoir se couler dans n'importe quel style et faire un dessin "à la manière de". Collaborateur d'Hergé pendant 35 ans, il se lance donc dans l'aventure en utilisant tous les documents de Jacobs. L'album sortira en 1990.

TED BENOIT
Premier dessinateur à se lancer dans la reprise de Blake et Mortimer, le pari était risqué car attendu au tournant par la critique et les "puristes" du ma
ître du Bois des Pauvres. Ted Benoit est connu à l'époque pour son personnage Ray Banana et fait partie de ce qu'on appelle, dans les années 80, la ligne claire française, avec d'autres dessinateurs comme Floc'h, Yves Chaland ou Serge Clerc.

Mais Ted Benoit n'est pas un inconnu dans le paysage Jacobsien car on lui doit de nombreuses illustrations publicitaires de Blake et Mortimer, notamment pour la société CCM Micro. Son style est différent de celui de Jacobs, mais il réussit avec talent à donner vie aux héros, tout en se coulant dans un graphisme proche du maître.

ANDR
É JUILLARD
Afin de pouvoir tenir un rythme régulier de parutions et de laisser plus de temps pour travailler aux repreneurs, les
Éditions Blake et Mortimer constituent une deuxième équipe, formée d'Yves Sente au scénario et André Juillard au dessin, Juillard à qui l'on doit déjà de nombreux albums dont Arno, Les 7 Vies de lpervier, Plume aux vents. C'est pour le millénaire que sortira son premier album de Blake et Mortimer : La Machination Voronov.

André Juillard n'en est pas à son coup d'essai dans l'univers de Jacobs. En 1984 déjà, pour le journal Tintin, il avait dessiné un hommage à Blake et Mortimer, les deux héros étant désormais à la retraite. Il reprendra en 1998 ce concept sur la forme d'un mini-album, L'aventure immobile. Entre-temps, en 1987, la Fondation Jacobs lui avait proposé de terminer Sato 2.

RENÉ STERNE / CHANTAL DE SPIEGELEER
René Sterne, à qui l'on doit la série Adler, reprend Blake et Mortimer en 2004 pour l'album : La Malédiction des Trente Deniers - Tome 1. Malheureusement, il décède en 2006 avant d'avoir achevé l'album. Seules, 23 planches sont ecnrées et 5 crayonnées. C'est sa femme, Chantal de Spiegeleer, elle-même dessinatrice (la série Madila) qui termine l'album pour novembre 2009.

ANTOINE AUBIN
Dernier repreneur de la série, il œuvre sur le tome 2 de La Malédiction des Trente Deniers. Il mettra un an et demi pour le réaliser, avec l'aide d'Etienne Schréder (à la moité de l'album) pour l'encrage, faute de temps. Etienne Schréder qui avait déjà participé au tome 1 de cette aventure. L'album est sorti en novembre 2010.

Voici quelques exemples d'illustrations afin de comparer les différents styles de chaque auteur.

Le médaillon sur la couverture / L'amitié entre Blake et Mortimer
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Olrik / Mortimer surpris
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Dossier réalisé par Ludovic Gombert en mars 2008 (mise à jour janvier 2011)
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