BRODU, Philippe – [02/2004]

Peux-tu nous décrire ton parcours professionnel et musical avant ton arrivée chez Emagic France ?
Mon premier contact avec le milieu musical date de 1983 où, sortant tout juste de mes études, j'ai débuté en tant que vendeur spécialisé synthétiseurs dans un magasin de musique à Nantes. A l'époque, les personnes s'occupant de ces instruments passaient un peu pour des docteurs fous ! Je suis arrivé au moment où le Yamaha DX7 sortait, j'ai ainsi bénéficié des ventes incroyables de ce produit.

En même temps, je jouais dans un groupe de rock nantais. L'aventure a duré huit ans. En 1988, j'ai dû arrêter mon travail de vendeur pour la promotion d'un single chez CBS. Anecdote, ce single avait été entièrement réalisé sur Commodore 64 avec SuperTracks de Gerhard Lengeling ! (créateur par la suite de Creator, Notator, Logic… NDR). J'ai quitté le groupe en 1991 et repris mon activité commerciale au sein du même magasin. Durant cette période, je fus l'un des premiers revendeurs à pousser l'informatique musicale, tout d'abord avec les MSX (CX5M Yamaha), puis les Atari.

En 1997, j'ai ouvert mon propre magasin dédié à 90 % à l'informatique musicale dont 80 % de mes ventes étaient des produits Emagic. Pour ce qui concerne mes activités musicales, je me suis dirigé vers la musique à l'image : courts métrages, documentaires (Vendée-Globe deux années de suite) et quelques spots publicitaires. Actuellement, je travaille sur des musiques pour des événementiels.
Pourquoi le choix d'Emagic ?

Il y a quatre ans, le distributeur Emagic en France cherchait un chef de produits. J'entretenais alors de très bonnes relations avec les distributeurs vu les ventes réalisées pour Logic Audio sur Nantes. Ce distributeur savait que je désirais arrêter la vente pour passer à la vitesse supérieure, et que j'étais un fan d'Emagic. Ils m'ont alors contacté et j'ai tout de suite accepté le poste.

Il est clair que je n'aurais jamais cautionné un produit auquel je ne croyais pas. Avec Emagic, aucun souci : les produits sont tous de très haute qualité et sans aucun bémol.

Que différencie les produits Emagic de ses concurrents ?
La première différence est l'écoute des utilisateurs et la rapidité de développement. Le monde informatique bouge en permanence donc les logiciels doivent se réadapter en conséquence. Les mises à jour de Logic Audio arrivent à peu près toutes les trois semaines. Ces updates intègrent les demandes des utilisateurs.

La deuxième différence principale est l'Emagic Touch : lorsqu'une nouvelle technologie apparaît, Emagic l'évalue et si elle est intéressante, l'intègre tout en la poussant à l'extrême. Prenez l'exemple des instruments logiciels, nous n'avons pas été les premiers à les intégrer, mais leur gestion sous Logic est plus confortable que sur d'autres logiciels.

Quelles sont les prévisions en matière de nouveaux produits ?
Actuellement, Emagic travaille d'arrache-pied à la version 5 de Logic Audio et de Logic Control. Ce développement est énorme et va permettre d'aborder les outils informatiques d'une façon transparente pour les musiciens. Emagic se concentre de plus en plus pour proposer des outils très haut de gamme à des prix accessibles à tous, que ce soit Logic Control permettant pour la première fois à tous les musiciens d'utiliser une surface de contrôle digne de ce nom, ou Logic Audio intégrant des fonctionnalités que l'on trouve uniquement sur des systèmes jusqu'à dix fois plus chers (par exemple : POW-r dither).

Les évolutions futures seront basées sur l'intégration encore plus poussée des instruments virtuels et la gestion des routings audio permettant de se débarrasser des tables de mixage et autres périphériques.

Comment s'opère ta manière de travailler avec Emagic Allemagne ?
Nous travaillons en très étroite collaboration. J'ai énormément appris à travailler auprès d'Emagic. L'organisation allemande est d'une efficacité redoutable. Emagic met à la disposition de ses distributeurs des outils très performants permettant d'être en contact permanent.

De plus, j'étais déjà bêta-testeur Emagic avant de travailler pour eux, ce qui m'a permis d'être en relation avec les développeurs. Emagic Allemagne apporte une attention toute particulière à la France. Ainsi, nous avons pu avoir l'un des premiers prototypes de Logic Control et le présenter au SATIS en avant-première européenne.

Concernant la traduction des logiciels Emagic en français, comment s'est déroulé le processus ?
Tout a commencé par un pari. Le jour où j'ai pris mes fonctions chez Emagic, j'ai commencé à réclamer une version française de Logic, et à chaque réunion, je remettais ça sur le tapis. Un jour, à la fin d'une séance pour la sortie de la version 4, j'ai réitéré ma demande et la réponse à été " OK, si c'est toi qui le fais".

Je ne me rendais pas compte du travail que ça demanderait. Faire une localisation demande une énorme concentration, c'est donc infaisable durant la journée où le téléphone ne cesse de sonner. J'ai du traduire les ressources pendant la nuit, le week-end et mes vacances d'hiver. Régulièrement, en cours de localisation, je transférais les fichiers à Gerhard Lengeling afin qu'il les compile et que je puisse vérifier si ça colle dans le programme, car les localisations se font un peu à l'aveugle. On ne sait pas forcément dans quel menu le texte apparaîtra. Cela m'a pris environ trois mois, et j'en profite pour remercier ma femme Colette et mes enfants Laurie et Valérian pour leur patience durant cette période !

En revanche, quelle satisfaction ce fut lors du lancement de la version 4.0.2 en la voyant apparaître en français, même si à l'époque quelques coquilles subsistaient encore ! J'ai effectué les corrections dans les semaines qui ont suivi. Depuis, à chaque mise à jour, Gerhard Lengeling me renvoie le fichier ressource afin de traduire les nouvelles fonctions. Je suis en train de traduire les ressources de la future version 5. Suite au succès de la traduction de Logic Audio 4, Emagic a accepté que je traduise SoundDiver 3. Je l'ai localisé en un week-end durant lequel je dois avouer ne pas avoir beaucoup dormi !

Quelle est ta vision actuelle du marché ?
C'est actuellement très complexe. Les utilisateurs professionnels veulent de plus en plus de fonctions, donc les produits deviennent de plus en plus complexes et les revendeurs auront de plus en plus de mal à répondre à toutes les demandes de leurs clients.

De plus, l'informatique s'étant démocratisé dans les foyers, beaucoup de personnes du grand public investissent dans ces produits et la somme d'informations qu'ils ont à ingurgiter aujourd'hui est phénoménale. C'est pourquoi notre rôle va être, dans les mois et les années qui suivent, de soulager au maximum les revendeurs de la partie support. C'est ma plus grande réflexion aujourd'hui.

Alors que depuis quelques temps tout semble s'orienter vers le "soft" synthés ou sampleurs virtuels...), pourquoi sortir une unité de contrôle hardware ?
Effectivement, actuellement tous les efforts de développement se portent sur la modélisation de la plupart des synthés, sampleurs et effets. Si les avantages sont très nombreux, le seul inconvénient est la manipulation de toutes ces belles choses. C'est pourquoi le musicien a, plus que jamais, besoin d'une interface lui permettant de tout manipuler de façon claire et rapide.

Tous les membres d'Emagic sont musiciens, c'est pourquoi la Logic Control est certainement la mieux pensée de tout ce qui existe sur le marché. Lorsque j'ai commencé à travailler pour démontrer la Logic Control, je me suis surpris à retrouver des sensations que l'informatique m'avait fait perdre. Par exemple, lors d'un mix, on se concentre sur sa musique, on ne regarde pas des jolies couleurs à l'écran. Honnêtement, il m'est aujourd'hui impossible de travailler avec Logic sans ma Logic Control.

Quel est ton regard sur l'évolution de la MAO ces dix dernières années ?
L'évolution est incroyable. En moins de dix ans, on est passé des logiciels permettant difficilement de créer des partitions à des studios numériques complets intégrant des synthétiseurs, des sampleurs, tous les effets imaginables, et ce, en temps réel, si bien qu'aujourd'hui les plus grands noms les utilisent sur scène avec des PowerBooks. Qui aurait pu le prédire ?

Si cette évolution a pu faire peur à certains et changer toutes nos habitudes, pour ma part, je trouve ces évolutions passionnantes et j'attends avec beaucoup d'impatience la suite des événements.

Peux-tu nous citer quelques utilisateurs célèbres du Logic ?
Oh oui ! Mais l'article ne sera jamais assez grand pour cela : Peter Gabriel (10 licences Platinum), Herbie Hancock , Paul Mc Cartney , Depeche Mode, Eminem, Plaid, Roger Sanchez, Deep Forest, Jamiroquai, BT, Sting, Mirwais, Chick Corea, Steve Vai, Marilyn Manson, Guns'n Roses, Peter Erskine, Jo Satriani, Addagio, etc.

Quel est le pourcentage d'utilisateurs du Logic en Macintosh et PC ?
Depuis que je suis en charge d'Emagic, cela n'a pas bougé, nous sommes toujours à 50 % Mac et 50 % PC. Mais en regardant la chose de plus près, cela représente parfaitement le marché actuel : sur le pourcentage Mac, ce ne sont pratiquement que des versions Platinum de Logic (version professionnelle), alors que le marché PC est constitué de versions Gold (Education Nationale), Silver et MicroLogic AV (version entrée de gamme).

Après les nombreux salons, présentations et contacts avec le public et la profession que tu as pu avoir, as-tu quelques anecdotes originales ?
Celle qui me vient tout de suite à l'esprit s'est déroulée l'an dernier au NAMM où Emagic présentait pour la première fois l'EVP88. J'étais présent sur le stand lorsque Herbie Hancock est arrivé presque en courant pour découvrir ce nouveau produit. Il jouait sans s'arrêter en bougonnant "c'est incroyable !", et cela a duré pendant plus d'une heure !

Il est une chose toujours amusante à constater qui est la réaction, lors des démos chez les revendeurs, d'une personne débutante venant par curiosité et découvrant avec stupéfaction qu'elle est entourée de ses idoles... Il m'est arrivé plusieurs fois d'en voir blêmir en regardant autour d'eux !

Propos recueillis par Ludovic Gombert le 18 février 2004 pour le magazine Musicrun

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