BARRAL, Nicolas – [01/2011]

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A l'occasion de la sortie du tome 2 des aventures de Philip et Francis, Nicolas Barral a accepté de jouer au jeu des questions/réponses. De la genèse de la série à la nouveauté pour mars 2011...

Comment s'est passée la recherche graphique des personnages pour le premier tome des aventures de Philip et Francis ?
Sous l’influence de mon travail sur Baker Street. Le rapprochement entre les deux binômes Holmes/Watson et Blake/Mortimer était tentant. Mais Jacobs ne vouait-il pas lui-même une certaine admiration pour les personnages de Conan Doyle ?

Avez-vous eu des contraintes (éditoriales, graphiques, etc.) pour la réalisation de cette série parodique ?
Non. Dargaud était fan de Baker Street et nous avions quartier libre. Néanmoins, je tenais à rester le plus proche possible du modèle original, avec un soin apporté aux décors et à la couleur. Je suis parti du principe que le décalage humoristique fonctionne d’autant mieux quand les éléments contextuels sont respectés. On a pu le vérifier récemment dans les deux OSS 117 avec Jean Dujardin où Michel Hazanavicius s’est attaché à retrouver l’esthétique des années 50 et 60, allant jusqu’à utiliser objectifs et pellicule d’origine.

Pour réaliser une série parodique de cette qualité, il faut être fan de l'œuvre de Jacobs, non ?
En tout cas, il est difficile de ne pas être sensible à son univers. Il faut être fan, oui, mais pas idolâtre.

Quand avez-vous découvert l'œuvre d'Edgar P. Jacobs ?
A l’adolescence à travers La Marque jaune et l’Affaire du collier.

Un album préféré de Blake et Mortimer ?
La Marque jaune. Et j’ai une tendresse pour les deux « Mystères de la grande pyramide » où l’influence de la collaboration avec Hergé se fait sentir, il me semble.

Avez-vous une préférence pour l'un des personnages de la série ?
Philip, mais ne le répétez pas à Francis.

Quelle est l'influence de Jacobs sur votre travail (s'il y a influence) ?
Un soupçon de rigueur en plus et une pincée de noir dans mes pages.

Quelle documentation avez-vous utilisé pour cette série (lieux, véhicules, personnages, etc.) ?
Divers livres de photographies sur Londres dont certains achetés sur place. Internet est aussi devenu un outil précieux pour accéder à certains documents d’époque. Et puis, jamais très loin, les livres de Jacobs, pour coller à l’univers.

Quelle est votre méthode de travail pour un album ?
Je découpe d’abord les planches sous forme de roughs que je soumets à Pierre Veys pour vérifier que ses intentions narratives et en particulier humoristiques sont respectées. Puis je mets au propre le crayonné avant de passer à l’encrage. Les couleurs sont déléguées à Philippe de la Fuente.

Quel format de planche utilisez-vous ? Quel papier ?
31,5 x 42 pour le tome 1. Pas de fétichisme concernant le papier, au point que l’encrage du tome 2 a été entièrement réalisé sur ordinateur.

Quelle est votre liberté d'action graphique par rapport au scénario livré par Pierre Veys ?
Pour faire à nouveau une comparaison avec le cinéma, j’aborde mon travail comme un metteur en scène. J’ai une liberté totale concernant les prises de vue, les cadrages, la mise en page et je fais en sorte que mes comédiens de papier jouent juste, en fonction de la partition écrite par Pierre.

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© Nicolas Barral / Pierre Veys / Dargaud

Combien de temps avez-vous mis pour dessiner ce tome 2 ?
18 mois.

Par rapport au tome 1, ce deuxième volume a-t-il été plus facile ou plus difficile ?
Je n’ai pas eu à me familiariser avec les personnages que je connaissais déjà, même si l’interruption entre les deux albums a été longue. Mais ce n’est jamais gagné. Comme les boxeurs, nous remettons notre titre en jeu à chaque fois.

Comment travaillez-vous avec le coloriste ?
Là encore, il s’agit de se conformer dans la mesure du possible à l’esthétique jacobsienne. Nous discutons en amont de l’ambiance des différentes scènes et veillons à ce que les incursions comiques restent discrètes. Puis il m’envoie ses propositions par mail. En cas de difficulté particulière nous avons recours au partage d’écran via skype.

Vous avez réalisé 2 fois 2 pages pour le magazine Pilote. Vous préférez dessiner des histoires courtes (comme parfois sur Baker Street) ou un album entier ?
Les histoires courtes sont, disons, plus récréatives.

Est-ce qu'il y a un gag ou une private joke que vous n'avez pas osé mettre dans une case ?
Un dessinateur, ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Pas d’autocensure, non, mais un grand souci que le grain de sel n’interfère pas dans l’histoire qui est racontée.

Est-ce qu’il y a un personnage plus difficile à dessiner ?
Olrik. J’ai dû lutter contre la tentation de le transformer en Satanas, comme dans le dessin animé.

Est-ce qu'il y a une case (ou une planche) dont vous êtes particulièrement fier ? Ou qui vous fait rire, même des années après ?
Je trouve l’enchainement comique de la scène d’introduction au MI 5 (MI 6 ?) très efficace. Et j’ai une tendresse particulière pour la planche où le Commander Flemming scotche ses oreilles décollées.

nicolas barral philip francis© Nicolas Barral / Pierre Veys / Dargaud

Vous êtes un passionné d'anciennes séries TV (Mystères de l'ouest, Chapeau melon...) et de films. Est-ce tentant d'y glisser des allusions dans les albums de Philip et Francis ?
Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais il y a pas mal de chapeaux melons dans les albums.

Par exemple, dans le tome 1, Louis Jouvet et Michel Simon dans Drôle de Drame, apparaissent dans l'autobus derrière Philip et Francis. Une idée à vous ?
Il faut que je fasse attention à ce que je réponds. Non, une idée de Pierre.

Avez-vous relevé, après coup, des erreurs ou incohérences dans vos albums, sachant qu'il y a toujours des petits malins pour traquer la moindre erreur ?
Oui, mais ne comptez pas sur moi pour dénoncer le dessinateur.

Sur la couverture du tome 2, un bus à 3 étages… on est dans le monde d'Harry Potter ?
Haha, patience, patience...

Quel(s) personnage(s) de Jacobs, pas encore repris dans les aventures de Philip et Francis, aimeriez-vous dessiner ?
Miloch, bien sûr ! Damned, vous m’avez eu, là.

Dans le même genre, vous aimeriez parodier un des nouveaux personnages de Blake et Mortimer depuis L'Affaire Francis Blake (notamment féminin) ?
Ils sont trop jeunes. Laissons-les se bonifier avec le temps.

nicolas barral philip francis© Nicolas Barral / Pierre Veys / Dargaud

Vos personnages sont très expressifs. Vous avez une méthode pour recréer les expressions, gestuels, etc ?
Non, pas vraiment. Je me mets dans la peau des personnages.

Y a t-il eu plusieurs projets de couverture, aussi bien pour le tome 1 que le 2 ?
Il existe un projet bis pour le tome 2.

Est-ce que le dessin d'un album de Blake et Mortimer vous tenterait ?
J’aurais l’impression de trahir Philip et Francis.

J'ai remarqué une particularité dans le premier album, toutes vos voitures ne portent pas de plaque d'immatriculation ou de numéro. C'est volontaire ?
Chuuuut... moins fort !

Bon, la formule mathématique sur le tome 1, elle veut dire quoi au final ?
Quand l’appétit va, tout va.

Partant pour un 3e tome ?
Of course !

nicolas barral philip francis© Nicolas Barral / Pierre Veys / Dargaud

Un nouveau Baker Street est-il prévu ?
Dieu seul le sait... Mais je ne serais pas contre.

Quelles sont vos prochaines réalisations ?
En tant que dessinateur, un album avec Tonino Benacquista, dans un registre plus réaliste. En tant que scénariste, « Mon pépé est un fantôme », tome 4, avec Olivier TaDuc au pinceau.

Interview réalisée le 6 janvier 2011 par Ludovic Gombert

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