DESCHAMPS, Christophe – [01/2005]

Depuis plus d’une vingtaine d’années, Christophe Deschamps écume les scènes, les plateaux de télévision et les studios d’enregistrement, en tant que batteur, pour les plus grands artistes français. Vous l’avez forcément déjà entendu, sans le savoir, et/ou vu en action ! Portrait d’un musicien de talent…


Peux-tu nous résumer ton parcours ?
J’ai toujours été attiré par la batterie. Tout petit déjà , je me déguisais en batteur et je me fabriquais de fausses batteries. Quelques années plus tard, à l’âge de 12 ans, mon frère m’en a trouvé une, plutôt pourrie (rires). De fil en aiguille, je me suis retrouvé à jouer avec des amis dans des groupes.

Tu as pris des cours ?
Au début non, j’ai commencé en autodidacte. Mais comme ça coinçait avec les études scolaires, mes parents, désespérés, se sont dit : perdu pour perdu, autant qu’il fasse de la batterie sérieusement. Ils m’ont alors inscrit à l’école de batterie Dante Agostini, la seule qui existait à cette époque. A 17 ans, je suis donc monté sur Paris prendre des cours pendant que j’habitais encore en province, à Dieppe. Je venais une fois par semaine, et ce, pendant deux à trois ans.

Par la suite, j’ai suivi des amis qui étaient dans des groupes à Paris et je suis venu habiter avec eux. Certains avaient des entrées dans les studios d’enregistrement, alors j’ai commencé à faire des petites séances, pas glorieuses au début pour des maquettes d’artistes. C’était une chance à l’époque puisque maintenant il n’y a quasiment plus de maquettes pour s’essayer à la batterie, donc c’est forcément plus dur pour un batteur. En même temps, je jouais dans des groupes de rock. On se produisait dans des caves, des circuits parallèles…

Et ensuite, comment es-tu passé à la vitesse supérieure ?
Ce fut une rencontre dans les années 80 avec Jean-Jacques Milteau, l’harmoniciste, qui était dans le groupe de Bill Deraime. J’ai pu ainsi travailler en studio sur son album. Ensuite, Eddy Mitchell a pris tout le groupe et j’ai commencé à enchaîner progressivement les séances d’enregistrement.
Je partis aux Etats-Unis, à Los Angeles, pendant deux ans, dans une école de batterie. Une expérience enrichissante humainement aussi bien qu’au niveau musical.

L’approche du travail pour la scène et pour le studio doit être différente ?
Bien sûr. Pour un spectacle, on répète en gros un mois avant mais le travail est différent suivant les chanteurs. Par exemple, (avec) Jean-Jacques Goldman(, il) est très précis dans ce qu’il veut. Il nous demande des choses simples mais par contre ce sont des choses qui ont beaucoup de sens, qui sont pensées et qui ont un lien entre elles. Avec Pascal Obispo, on travaille plus à la manière d’un groupe. On part sur la base des chansons et on joue ensemble jusqu’à ce que ça sonne.

Est-ce qu’il y a, de manière générale, une place pour l’improvisation sur scène ?
Non. Surtout de nos jours où l’on joue avec l’informatique musicale et que tout est calé sur un clic ou des séquences. Après, dans notre jeu on improvise, mais on sait exactement où on peut se libérer un peu. Il y a un cahier des charges bien précis avec ce que l’on doit faire car le groupe ou le spectacle en a besoin.

Que t’a apporté justement l’arrivée de l’informatique dans l’univers de la musique ?
J’adore l’informatique. Je suis un féru d’informatique sur Macintosh. Pour moi c’est le quotidien, aussi bien dans la musique que dans l’art, la photo ou la communication Internet. Je trouve cela fantastique et j’aime ces machines. Je fais de l’art avec l’informatique, c’est-à-dire la composition, la réalisation de musiques et la découverte de nouveaux logiciels ainsi qu’apprendre à m’en servir. C’est ce qui d’ailleurs me prend une grande partie de mon temps.

Pour la musique, c’est un plus extraordinaire. A mon avis, la seule musique vraiment créative en ce moment c’est celle qui est née de l’informatique avec des gens qui n’étaient pas à la base musiciens, qui n’ont pas fait le conservatoire mais par contre, qui avaient une approche sûrement facile de l’informatique et qui font de la musique avec ce qu’ils trouvent. Alors bien sûr, dans le lot, il y a du mauvais et du bon.

Et tu fais toujours du studio et de la scène ?
Toujours. En concert, ça fait dix ans que je joue avec Jean-Jacques Goldman et Pascal Obispo, donc cela m’occupe pas mal. Le reste du temps, je suis en séances d’enregistrement ou/et je compose des musiques.

Entre le travail en studio et le travail de scène, est-ce que tu pourrais faire un choix et n’en choisir plus qu’un ?
Je dirai déjà entre l’écriture, le studio et la scène. Pour moi ce sont mes trois activités principales. Celle qui prime le plus, c’est l’écriture. Je profite des temps morts quand il n’y a pas de travail et je compose des morceaux. Ce que je préfère, c’est écrire. Là où je prends beaucoup de plaisir, c’est à faire des tournées et le studio, c’est nécessaire pour exister, ainsi que financièrement.

Est-ce que le travail en studio a évolué ?
Oui, il a évolué dans le sens où moi j’ai connu le studio où on faisait appel à des musiciens pour les maquettes car il n’y avait pas d’électronique pour s’en occuper. De plus, on jouait souvent en groupe mais depuis une dizaine d’années, je suis tout seul. On me met à la batterie, il n’y a pas d’autres musiciens, ou parfois un bassiste, et je joue par-dessus des pré-productions déjà finalisées.

On arrive dans l’ère où l’on va enregistrer la batterie chez soi et on enverra des fichiers informatiques. Ca tue tout contact et toute émulation, mais il y a un côté pratique indéniable et financièrement intéressant.


Tu as eu aussi à côté une expérience en tant que chanteur.
J’ai sorti un album en 1992, Connivences, d’où a été extrait un single : Idole, idole. Je voulais me lancer là-dedans et puis on m’a encouragé à le faire, alors je me suis retrouvé à réaliser cet album qui a eu un petit succès d’estime. Sur cet album, j’avais demandé à tous les artistes avec qui je travaillais, s’ils accepteraient de bien vouloir participer. Je me suis ainsi retrouvé avec Goldman, Cabrel, Laurent Voulzy et Alain Souchon faisant les chœurs sur les morceaux. Ils sont venus chanter amicalement, sous leur nom.

J’ai fait un second album en 1995 qui n’est jamais sorti. Jean-Jacques Goldman m’avait écrit un texte sous un pseudo (Sam Brewski – ndl). L’album était un ratage à plein de niveaux, dont je suis principalement responsable. J’ai décidé d’arrêter car je me suis dit : chanteur, ce n’est pas pour moi. Par contre, j’ai toujours continué à composer des morceaux pour les autres. Depuis quelques années, je travaille avec Pascal Obispo comme éditeur. Je fais partie de son «team », c’est-à-dire qu’il y a une quinzaine d’auteurs et compositeurs qui travaillent et réalisent des morceaux ensemble et c’est lui qui organise et place les chansons auprès des artistes.

Qu’as-tu réalisé dernièrement ?
J’ai composé une chanson pour le dernier album de Natasha St Pier (xxx) et une chanson sur le premier album de Jenifer (Secrets Défenses).

Qu’est-ce que tu écoutes comme musique ?
J’écoute beaucoup de techno… Pas de l’euro trance mais plutôt trip-hop. Je suis toujours à l’affût de bonnes chansons pop mais je trouve qu’il y en a de moins en moins. Ce que je préfère le plus c’est le mélange pop-électro. J’ai mon groupe fétiche : Underworld. Sinon j’aime aussi DJ Shawow, Groove Armada ou bien Foo Fighters, Garbage, The Cardigans… Il y a un nouveau groupe que j’ai découvert sur iTunes (site de téléchargement de musique d’Apple sur internet - ndl) : The Honeymoon qui est un duo avec un anglais et une fille qui vient d’Islande. Je passe mon temps à découvrir des morceaux sur ce site car on peut les écouter plus facilement que dans un magasin, donc je fouille et de lien en lien, je trouve des choses intéressantes.

Et dans les batteurs, qui aimes-tu ?
Le premier a été Ringo Starr (The Beatles) et la grosse influence suivante fut Jeff Porcaro (Toto) dans lequel je me retrouvais aussi bien dans les styles de musique, que dans les goûts. Je l’ai rencontré plusieurs fois à Los Angeles et je l’ai vu jouer. Après, j’ai adoré tous les batteurs anglais des années 70 qui ont inventé des choses : Ian Paice (Deep Purple), John Bonham (Led Zeppelin), Keith Moon (The Who) et aussi Mitch Mitchell (Jimi Hendrix). A l’époque, je décortiquais tous ces batteurs.

Tu n’as pas l’impression que le mythe des batteurs disparaît ?
La place du batteur est devenue moins importante. Avant, pour faire un bon disque, il fallait d’excellents musiciens, donc ça leur permettait de briller. Maintenant, pour faire un bon disque, il faut une bonne production et cela passe par des outils informatique et les musiciens sont devenus accessoires. Le seul, pour moi, qui émerge de nos jours c’est Dave Grolh (Nirvana, Foo Fighters).

Comment vois-tu l’évolution musicale de ces prochaines années ? On parle souvent du retour du rock…
Un retour, je ne pense pas. On en a fait le tour, on a tout dit. La création est dans le rap, dans la fusion des styles, comme Linkin Park qui amène des choses avec beaucoup d’électronique dedans. Quand je vois un groupe comme Black Eyed Peas, c’est riche et pourtant c’est du rap au départ. C’est complètement nouveau et cela ne ressemble à rien d’autre. C’est dur à notre époque de faire quelque chose qui n’a pas déjà été fait. En plus, il y a de l’électronique mais aussi des musiciens qui jouent.

Je pense que l’avenir de la musique vient dans la diffusion des morceaux. Je trouve génial le téléchargement. Je n’achète plus de CD, je télécharge légalement en ligne et c’est fabuleux. Comme bien souvent maintenant quand on achète un CD, on le rentre dans l’ordinateur, là, il est tout de suite sur ton ordinateur. Mais en même temps, il y a de gros danger avec le piratage.

Quels sont tes projets ?
Je joue dans un groupe, Mary Modified, que j’ai avec Viché de Vince (www.marymodified.com) et qui est un groupe que j’adore. Je m’y suis greffé alors qu’il existait déjà et je compose quelques morceaux, mais c’est Vincent qui en écrit principalement. C’est pop-électro, avec des paroles en anglais, un peu alternatif dans le sens où tout est possible. Ca pourrait ressembler à Radiohead en plus électro.On cherche pour l’instant à enregistrer afin d’avoir un album. Je m’investis beaucoup dedans et j’y crois énormément.

Je fais aussi de temps en temps des Master Class (sorte de cours/animations – ndl). J’essaye d’ailleurs de développer quelque chose autour de ça. Comme je déteste jouer tout seul de la batterie car je m’ennuie vite et comme j’aime jouer sur des séquences, alors je m’en prépare des bien longues, bien électronique et je m’aménage des temps pour pouvoir m’exprimer à la batterie.


Christophe nous parle des artistes…
Florent Pagny
J’ai joué sur presque tous ses albums mais jamais sur scène. Et qui plus est, sur ses albums par hasard ! il se trouve que j’avais joué sur son premier titre qui, à l’époque, était réalisé par Kamil Rustam et Jean-Yves d’Angelo.Par la suite, je me suis toujours retrouvé sur ses albums, soit par Jean-Jacques Goldman, soit par Pascal Obispo.

Eddy Mitchell
Pour moi c’est le début, la découverte, l’Olympia pendant un mois. Le bonheur total.

Patricia Kaas
J’ai aimé jouer avec elle. J’aimais moins les chansons. Ce fut assez court mais c’est un bon souvenir.

Jean-Michel Jarre
J’ai fait le concert à La Défense du 14 juillet 1990, c’était incroyable. La musique était vraiment, je dirai, anecdotique. Le propos c’était plutôt le spectacle : le son et lumière. Répéter pendant 15 jours à La Défense avec des types qui grimpaient aux buildings toute la journée pour accrocher les écrans géants, voir le pont de Neuilly complètement bloqué, c’était démesuré. Il y avait une cantine sous la scène avec tous les jours 500 personnes qui y mangeaient. Souvenir aussi après le spectacle où il y avait tellement monde qu’il était impossible de rentrer chez soi. J’ai mis au moins 3h pour quitter le quartier.

Francis Cabrel
Je n’ai pas fait de tournée pour lui mais on avait fait tout de même une tournée rock en 1989 avec Dick Rivers et c’était super. Par contre, elle n’a pas fonctionné et on n’a fait que quelques concerts.

Alain Souchon
Pour moi, c’est le plus grand parolier. Je l’adore ! Il a quelques problèmes rythmiques quand il chante donc le rôle du batteur est très important avec lui, car il y a une signalétique à respecter. Mais le mec est drôle, drôle…

Laurent Voulzy
Passionné ! Intarissable en ce qui concerne l’enthousiasme et qui a un point commun avec Obispo : ils aiment tous les deux la musique et ils ont les yeux qui s’illuminent quand ils en parlent ou quand ils en font. Des chansons superbes et tellement gentil et agréable que c’est un bonheur de travailler avec lui. Très bon groupe et très bonne tournée (Voulzy Tour).

France Gall
J’ai fait une tournée avec elle, la première après la mort de Michel Berger. Il y a tellement de bonnes chansons que c’était un plaisir. C’était un petit groupe et on innovait un peu parce qu’on jouait avec un DJ qui avait programmé plein de boucles sur lesquel on jouait. On était 4 musiciens. On n’a pas fait beaucoup de concerts mais c’était super. En plus, il y avait David Rhodes, le guitariste de Peter Gabriel que j’adore. Toujours une démarche originale en n’allant jamais dans les sentiers battus, toujours à chercher les trucs insolites, un peu nouveau.

Propos recueillis en janvier 2005 par Ludovic Gombert pour M-A-O Magazine

Back to Top